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Zak « l’insolent »

J'ai rencontré Zak il y a un peu moins d'un an lors d'un run Adidas avec le groupe des Abbesses. C'est en le suivant de plus près que j'ai vite été impressionné par son rythme de course et ses performances, notamment après ce qu'il appelle lui-même son #EuropRunningTour cet été 2017.

Je lui ai donné rendez-vous à République, au café "L'éventail", là où tout a commencé pour lui il y a peu, pour mieux comprendre ce qui le pousse à courir toujours plus.

Zak, avant de parler plus en détails de ta relation avec la course à pieds, j'aimerais aborder un tout autre sujet. J’ai récemment découvert sur instagram que tu avais perdu beaucoup de poids ces 3 dernières années....

Oui, quand on me voit aujourd’hui, on a du mal à me croire quand je dis que je suis un « ancien gros ». Pas vraiment gros, mais plus gros qu’aujourd’hui.

En fait c’est simple, j’étais dans un club d’athlétisme pendant un an quand j'avais 13 ans. Je faisais un peu de sport comme tout le monde.
Par la suite, je me suis concentré sur les études puis, très vite sur ma carrière. Je suis rapidement passé cadre dans l’agro-alimentaire.

A 21 ans, j’ai complètement lâché le sport et toute activité physique pour me consacrer à fond à mon boulot. Ma vie se résumait à « Métro / Boulot / Dodo » et je passais la majorité de mon temps assis devant mon bureau.
Je grignotais pas mal, toujours la barre de chocolat pas loin de mon clavier et mes repas à la cantine c’était du grand n’importe quoi. Je pouvais me faire une pizza sur laquelle je mettais des frites et une tonne de sauce. Mais ça m’étais égale à l’époque. Je me faisais plaisir.

J’ai très vite pris du poids sans vraiment m’en rendre compte et sans que ça me gêne vraiment.

Qu'est ce qui a fait que t'as décidé d'essayer de perdre du poids ?

En 2013, rythme infernal oblige, j’ai pris mes premières vacances depuis très longtemps avec des potes. C’est en voyant que mon bide passait par dessus l’élastique de mon maillot de bain que je me suis dis qu’il fallait faire quelque chose. Je me suis senti super mal. A l’époque la balance affichait 94kg…

Après ça j'ai commencé à manquer de confiance en moi. J’ai donc pris des décisions assez radicales. Il fallait du changement dans ma vie. Il fallait que je me reprenne en main. J’ai changé de boulot, de copine, et je me suis mis en mode « machine de guerre ».

C’est là que "Zak Fat" s’est transformé en "Zak Fast" ?

Pas tout à fait. J’ai commencé par changer de boulot et je suis passé de l’agro-alimentaire au monde de la cosmétique. Mon apparence à vite pris plus d’importance.
Comme je n’aime pas faire le choses à moitié, je me suis mis à la Boxe ThaÏ, au Rugby, à a MMA et à la musculation. je faisais aussi un peu de course sur tapis pour le cardio mais ça se résumait à des séances de 15 minutes pendant lesquelles je courais l’équivalent de 2km. Et autant te dire que j’étais cuit !

En fait tu n'avais plus le temps de manger...

J’ai oublié les pizza/frites et toutes mes pauses de midi, je les passais à la salle de sport. Je prenais mon sac à dos, j’y allais en courant, et j’enclenchais le mode « machine » entre midi et deux.

Et tu ne ressentais pas trop la faim ? Tu es quand même passé de « je mange un peu trop » à « je mange plus rien » …

Non j’étais vraiment motivé par les objectifs que je m'étais fixé. J’avais même pas le temps de penser à manger en fait. En plus de toutes mes activités sportives, je passais à l’époque presque toutes mes soirées au ciné. Je crois que j’ai vu un peu plus de 200 films au cinéma en un an. Du coup je ne mangeais pas vraiment le midi, ou sinon du blanc de poulet et le soir je me gavais de pop-corn. Je ne le savais pas à l’époque, mais le pop-corn est un super coupe faim qui ne fait pas prendre de poids.

Après, la muscu et la MMA ne m’ont pas vraiment fait perdre de poids mais j’ai pris pas mal de muscle au départ. Pour le cardio, les copains du lycée qui m'avaient lancé dans le rugby ont vite décidé de me faire jouer ailier parce que je courais assez vite. Autant dire qu’ils me faisaient bien galoper.

C’est après que je me suis mis à courir la nuit, vers 1h / 2h du matin une fois par semaine.

J’allais y venir, le 20 minutes a publié un article sur toi en septembre dans lequel on découvre que tu cours seul la nuit dans Paris. Pourquoi tu fais ça ?

Cet article s’est fait sans que je le cherche vraiment. La journaliste du 20 minutes avait publié un post sur Facebook disant qu’elle cherchait à écrire sur quelqu’un qui court la nuit. Et, très vite, les runners que je connais m’ont identifié. Elle m’a contacté et ça a donné naissance à cet article dans le 20 minutes.

Comment as-tu vécu cette petite notoriété intra-muros ?

J’ai trouvé ça marrant. Depuis les gens m’envoient des messages en pleine nuit pour savoir si je suis motivé pour aller courir avec eux. Je suis toujours partant pour partager ce genre d’expérience avec les autres donc je refuse rarement, sauf quand je dors, parce que je dors de temps en temps.

Quelques personnes ont pris l’article un peu à l’envers en pensant que je vivais un peu dans mon monde en courant seul dans les rues vides. Comme le soir où j'ai couru 4km à 4'00/km dans la nuit du 4 septembre, le jour de mon anniversaire.
Ils pensaient que j'étais un peu asocial. Mais il suffit de me connaître un peu pour savoir que c’est totalement l’inverse.

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C’est à ce moment là que tu as pris goût au running ?

J’adorais courir la nuit dans les rues vides de Paris mais je me suis vite ennuyé à courir tout seul et je n’arrivais pas à me fixer de nouveaux objectifs. Je n'y connaissais rien. Je n'étais même pas équipé pour courir.

J'ai participé pour la première fois à un 10km en 2015 lors des 10km de l'Equipe avec des copains qui m'ont motivé. J’ai passé la ligne d’arrivée en 58 minutes et j’ai vraiment adoré ça, c'est la que j'ai vu que courir à plusieurs était vraiment plus sympa que seul.

Alors j’ai vite cherché un groupe pour aller courir avec des gens histoire de ne pas perdre ma motivation. C’est là que j’ai découvert la Boost Energy League (aujourd’hui Adidas Runners League). J’ai donc rejoint le Boost République dont le QG était l’éventail, où nous nous trouvons aujourd’hui.

Comme moi, c’est la communauté Adidas Runners qui t’as vraiment rendu accro à la course à pieds alors ?

C’est clair que sans la communauté Adidas Runners, je n’en serais pas là aujourd’hui. Lors de mes premiers runs avec République, je me poussais pour faire des sorties de 7km à 5’30/km. Je ne savais même pas que je courais à 5’30/km ou pas. J’étais complètement perdu quand on me demandais à quelle allure je courais, quelle était ma VMA ou ma V02max, tout ça quoi…

D’ailleurs aujourd’hui, je n’ai encore jamais fait une séance de VMA. Je connais mon allure, mais c’est tout.

Au fil des semaines j’y suis retourné parce que l’ambiance était vraiment sympa. Je me suis greffé à des groupes de plus en plus rapides et j’ai perdu du poids de plus en plus vite. Je suis vite retombé à 70kg, soit environ 25kg de moins qu’un an et demi auparavant.

Je suis très reconnaissant envers la communauté Adidas Runners et j'essaie de la mettre en avant un maximum.

Du coup tu as enchaîné les courses à dossard ?

Non même pas, je n’ai fait qu’une course en 2015. D’ailleurs je n'en ai fait qu'une seule en 2016 aussi à l’occasion de la Marseille-Cassis qui a été mon vrai premier challenge en course à pieds.

On arrive vite à 2017…

Oui, c’est en Mars 2017 que j’ai vraiment décidé de me mettre à fond dans le running.
A l’époque je sortais tout le temps. Ça me coutait cher. j’avais pas une super hygiène de vie. Il fallait que je me reprenne un peu en main. Alors pourquoi pas dépenser moins dans la bière, et me faire plaisir autrement en me prenant des dossards par-ci par-là.

L’année de mes 30 ans à été difficile personnellement et j’avais besoin de me fixer un objectif. Je me suis dit que j'allais courir un 5km, un 10km, un semi-marathon et un marathon en 2017.

J’ai vite pris goût à l’ambiance des matins de courses et des SAS de départ. C’est toujours l’occasion de retrouver les copains et je préfère me lever pour aller courir le dimanche plutôt que de "comater" chez moi jusqu’à 13h.
Je me suis vite rendu compte que l’objectif de départ n’était pas assez grand alors j'ai décidé que j’allais essayer d’obtenir 30 médailles pour l’année de mes 30 ans. Et on était déjà en Juin donc il ne fallait pas trainer.

La chasse aux médailles était ouverte. Comment as-tu choisi les courses auxquelles tu voulais participer ?

Déjà, j’ai eu envie de m’inscrire aux grandes classiques comme la Paris-Versailles, Marseille-Cassis, le semi de Boulogne ou la Course de la Braderie de Lille. En tout cas, que des courses auxquelles ont a le droit à une médaille à l'arrivée car je veux que ce défi reste concret dans le temps.

En juin, j’ai participé à 5 courses de 10km, j’avais vraiment lancé la machine avec mon challenge en tête. Par contre il n’y avait aucune course en Juillet ou en août. J’ai vite été frustré de ne pas pouvoir continuer sur ma lancée. C'est là qu'une copine (Sophie) qui croyait en moi et avait le même goût pour les médailles m'offre un dossard pour le triathlon de Chantilly en Aout. C’était pas prévu…

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Il ne te restait que 4 mois pour amasser le reste des 30 médailles ?

En gros c’est ça. Alors quand Mathilde (Adidas Runners La Vilette) m’a parlé de ses vacances à Dublin en Août, pendant lesquelles elle allait participé au semi-marathon, j’ai trouvé ça génial ! L’idée de participer à une course et de découvrir un pays que je n’avais jamais visité avant ma tenté tout de suite. j’ai pris mes billets d’avion et mon dossard et j’étais à Dublin moins d’une semaine après.

Là t’as commencé à enchainer les courses. Comment tu as vécu ce semi sans préparation ?

J’y suis allé pour l’expérience au départ. Partir en week-end en Irlande et participer à une course en même temps ça m’excitait vraiment ! Je n’y allais pas pour faire une performance, mais vraiment pour vivre un bon moment.
Sur le village de la course, j’ai croisé des copains Adidas Runners Paris et même des AR Berlin. Le contact se fait tellement naturellement entre nous, j’ai trouvé ça super. Antoine, Adidas runner Bir Hakeim était là. On a parlé un peu avant la course et, de fil en aiguille, on a décidé qu'on allait courir ensemble pour finir le semi en 1:30. J’ai été le premier surpris en passant la ligne d’arrivée en 1:26:30.

Cette course s’est tellement bien passée qu'elle m’a donné envie de participer à d’autres semis pour voir jusqu’où je peux pousser la machine. Ma tête ne pensait qu’à mon objectif. Il fallait que je trouve des courses et, du coup, pourquoi pas faire d’autres villes européennes. J’ai enchaîné par un Paris - Berlin en bus pour participer au semi-marathon.

Ça s’est aussi bien passé ?
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Ça s’est très bien passé. Je suis arrivé la veille dans l'après-midi dans la ville. j’en ai profiter pour aller visiter la ville en courant 8km de mon côté et pour faire un tour à la Adidas Run Base de Berlin.

Une nouvelle fois emporté par la foule et le nombreux Adidas Runners dans le SAS de départ, je suis parti plus vite que prévu.
J’étais au 10ème kilomètre en 00:39:10. J’avais battu mon RP sur 10km pendant un semi-marathon. Là je me suis dit que j’avais peut-être quelque chose à faire. J’ai tenu bon en finissant ma course en 01:23:33.

À partir de là on a commencé à me dire que j'étais pas trop mauvais et, qu'avec un peu d'entraînement, j'avais moyen d'être plutôt bon.

Et c’est là que ton projet de courir partout en Europe est né j’imagine ?

Oui exactement, celui de ramener 30 médailles à la maison était toujours l’objectif prioritaire, mais cette nouvelle façon de voyager me plaisait vraiment. Alors j’ai décidé de trouver pleins de courses en Europe en peu de temps pour éviter les allers-retours avec Paris.
Outre les semi-marathons d’Oslo et Copenhague que j’ai couru en moins de 24h, j’ai pu courir à Amsterdam, Bruxelles et Wimbledon. Ça, c’est pour les courses officielles, mais j’ai aussi couru de mon côté en Pologne, en Norvège, au Danemark et aux Pays-Bas, tout ça en moins de 48h.

Au final tu affoles les compteurs par rapport à ton objectif initial. Tu tiens toujours les comptes ?

Oui bien sur, pour rester sur les semis, j’en aurai couru 15 d'ici Décembre. Le dernier sera un peu spécial même s’il aura lieu en janvier. Je compte participer à la course la plus au nord au monde, à Tromso, en Norvège. Il y fera jusqu’à -3°c.

Il te manque toujours un marathon à courir pour remplir l'objectif de départ. T'en as un de prévu ?

Je participerai au marathon de Valence, en Espagne, le 19 novembre avec les potes d'AR Sentier ! J'appréhende grave. Cette couse sera aussi celle qui représentera ma 30ème médaille, donc tout un symbole.

Dans toute cette aventure, y-a-t-il un moment qui t'a marqué en particulier ?

La médaille de Dublin reste pour moi la plus belle. Déjà parce que c'est vraiment la plus belle, et parce que c'est la première, celle qui a déclenché un peu cette folie. C'est la première course sur laquelle je me suis senti pousser des ailes.

Je retiens aussi le semi de Copenhague où l'ambiance était folle dans toute la ville, tout au long du parcours. Les danois m'ont porté sur les premiers kilomètres et je n'ai jamais couru aussi vite sur un début de course. Une course un peu gâchée par l'arrivée d'un tempête. le sol était trempé, ainsi que mes pieds qui baignaient déjà dans le jus de mes chaussettes depuis 24h. J'avais mal, j'en pouvais plus. Cette fin de course aura été horrible. J'ai même craqué au 18ème kilomètre où j'ai marché et mangé un peu car je n'avais pas mangé depuis plus de 24h.
Au final j'ai du finir en courant car la tempête m'y a forcé. il y a même 2 personnes qui ont été touchées par la foudre !

J'ai aussi vu que tu aurais pu gagner ton premier trail à Bruxelles. Ça ne s'est pas fait pour des raisons assez marrantes avec du recul.

Avec du recul oui... Je me suis tout simplement trompé de chemin à 5km de l'arrivée alors que j'étais seul en tête de la course. Au final je me suis retrouvé sur le tracé du marathon, au 26ème kilomètre. C'était cuit.

J'ai pu prendre ma revanche sur un plus petit trail de 6km (Tu Viens Tu Cours) dans les Yvelines le 6 octobre dernier où j'ai connu ma 1ère victoire sur une course officielle, bien qu'un peu déçu de pas avoir eu de médaille. Oui, c'est devenu un peu une petite obsession... Mais j'étais super content d'avoir une coupe et d'être monté sur le podium.

Tu as couru 10 courses en septembre et 10 en octobre. Avec tout ça, tu n'as pas peur de te blesser et d'aller un peu trop loin ?

Pour l'instant tout va très bien. Beaucoup ont essayé de me freiner ou de me dissuader de continuer ce projet, parfois maladroitement. Je continue pour me prouver à moi-même, ainsi qu'a ceux qui ont parié sur la date de ma première blessure que je peux aller au bout de ce projet un peu fou.

Quand tu auras fini de courir partout et que tu auras dormi un peu, tu n'as pas peur de t'ennuyer ?

Pas du tout. J'aimerais beaucoup aller au Kenya passer une semaine sur la terre des champions. Voir comment ils s'entrainent, courir avec eux, partager notre passion commune. Pourquoi pas associer ce voyage avec une mission caritative... J'y pense en tout cas.
J'ai aussi à cœur d'aller participer au semi-marathon de Tanger, au Maroc, le 12 novembre. Mes parents étant marocains, ma mère serait fière de venir m'encourager, même si elle ne comprend pas pourquoi je cours tout le temps.

il y a aussi les défis qu'on me lance et que j'ai tendance à accepter facilement comme une course de 100km en mars 2018 !

J'ai en tête de participer à un triathlon format M et de me préparer pour un ironman, mais on verra ça quand je saurai nager plus de 1500m sans craindre de me noyer.

Tu as adapté ton alimentation depuis que tu cherche à améliorer tes chronos ?

je n'ai absolument rien changé ! Je mange toujours autant, et toujours la même chose. Je ne me prive pas et je sors toujours autant aussi. Je ne suis pas un grand fan des régimes de sportifs à base de graines de chia et de bols d'açai. Je préfère courir deux fois plus pour continuer à manger ce que je veux.
De toute façon je n'y connais pas grand chose, j'ai même récemment appris que c'était bien de manger des pâtes la veille d'une course...

Et tes petits-déjeuners avant une course, ils ressemblent à quoi ?

Je ne mange pas vraiment, je bois du sucré surtout. Mais je n'ai aucun rituel à ce niveau là.

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